Bilan du premier mois du projet « La Grande Évasion »

Bonjour. Je comptais mettre en ligne ce petit bilan pour le 8 avril, soit un mois après le début officiel du projet mais la rencontre avec le renard blessé a perturbé les plans. C’est donc avec un peu de retard que nous vous proposons un point sur ce premier mois.

Arrivé le 8 mars au Canada et le 10 en Eeyou Istchee – Baie James, il est temps de faire un point après 1 mois de terrain. Nous avons beaucoup communiqué sur notre page Facebook (accessible sans avoir de compte) mais prendre un peu de recul est toujours intéressant.

Retrouvailles

Le retour en Baie James est un moment fort pour moi. C’est dans cette région du nord du Québec que mes expériences de terrain ont débuté, donnant naissance à l’association Peuple Loup. La zone « Terra Canis Lupus » est loin d’être inconnue, tout comme Sylvain Paquin qui m’ accueille pendant les 3 mois du projet actuel.

Avec Sylvain Paquin 

Rencontré la première fois en 2003 lors du premier projet d’observation, Sylvain est un personnage fort avec qui j’ai vécu des expériences mémorables. La transition du voyage par la route de la Baie James a permis de se rappeler ces moments, au fil des km. Au 581, je le trouve presque inchangé, flamboyant avec sa barbe grisonnante.

Petit dej avant départ

Bien que nos chemins aient suivis leurs cours respectifs, nous avons en commun l’amour de ce territoire, tatoué et marqué au fer blanc de l’hiver. Eeyou Istchee (« La terre du peuple » en Cri) incite à l’entraide et à la complémentarité, nous sommes tellement petits ! Cette alchimie fonctionne comme 15 ans auparavant et nos différences nous permettent d’avancer dans nos projets.

Ce que m’apporte Sylvain : Une vision plus globale et une approche « active » avec le monde extérieur et les réseaux, alors que j’ai une certaine tendance à la discrétion et à focaliser sur l’instant.

Les activités de Sylvain correspondent parfaitement à son tempérament. Acteur innovant dans les activités touristiques basées sur la l’observation de la faune et la flore, la culture autochtone et la découverte du territoire, il a à cœur de dynamiser ce secteur dans la région. Persévérant dans sa démarche, il continue de proposer du positif et travaille activement avec Tourisme Baie James pour faire avancer les choses ici.

Tout cela pour expliquer que nos approches sont complémentaires et compatibles, ce qui n’arrive pas tous les jours. Au fil de ce premier mois, même si beaucoup de choses restent à faire, j’ai la certitude que Peuple Loup a un rôle réel à jouer dans ce schéma de fonctionnement et qu’une collaboration sur le long terme pourrait apporter quelque chose de cohérent, intéressant et innovant dans la région.

Avec le territoire

J’ai parlé d’amour, le mot n’est pas galvaudé. Il a beau faire « frête » avec des nuits en dessous des -25°, un vent permanent et une humidité qui gèle tout ce qui peut l’être… La Taïga insufle en moi une énergie positive que je n’ai connu nulle part ailleurs. J’ai parlé de tatouage, c’est le terme qui convient le mieux. 13 ans après mes dernières vadrouilles dans cette zone, je me rappelle de chaque sentier, de chaque zone remarquable, comme si je ne l’avais jamais quitté.

J’ai une approche différente cette fois ci car je n’ai pas l’ambition de faire une présence permanente. Je ne me suis donc pas trouvé un camp de base dans le bois mais revient régulièrement au camp à Sylvain. Nous parcourons certaines pistes ensemble pour avancer dans les itinéraires de randonnées qu’il a préparé dans la zone. J’ai donc recours à des outils que je ne connaissais pas à l’époque (Gps évolué, cartographie satellite) et qui me donnent une vision plus précise sur le territoire. Ces tracés, utiles pour nos projets (sentiers Mhikes pour Sylvain, projet pédagogique pour les écoles),…..

De ce que j’ai pu voir avec les pistes laissées par la meute, les habitudes et les itinéraires de passages sont identiques, au moins dans la zone principale du projet (Terra Canis Lupus). Cela confirme bien l’importance du territoire dans les activités des loups car bien sur, ce ne sont pas les mêmes individus que j’ai pu rencontrer lors du premier projet. Sylvain a pu déterminer la zone de la tanière et de Rendez-Vous, zones que je n’avais pas trouvé. Le prochain mois va permettre de valider l’établissement en tanière et grâce aux pièges photo, nous espérons pouvoir suivre tout le processus (en restant à bonne distance bien évidemment).

Cette taïga que certaines personnes considèrent hostile a un avantage certain pour les amoureux des pistes : l’enneigement est tardif. Cette année est particulièrement intéressante car il a beaucoup neigé. Cela permet donc de suivre « facilement » les déplacements des loups au fil des jours. J’ai mis des guillemets car la neige est plutôt difficile à pratiquer, notamment au printemps lorsqu’elle se met à fondre. Cependant, Sylvain m’a prêté des raquettes qui me conviennent bien et je « calle » rarement, contrairement à des personnes plus massives comme Sylvain ou Fabien, qui est avec nous pour un repérage pour un documentaire.

L’expérience du Vercors m’apporte également beaucoup. D’un point de vue physique dans un premier temps : parcourir le plateau du Vercors, ça fait les jambes et je n’ai pas de problème pour parcourir le territoire dans tous les sens. D’un point de vue technique également : l’analyse des cartes topographiques, la reflexion autour du placement des pièges photo et des déplacements lupins me sont plus naturelles. J’aborde ce territoire connu avec une vision nouvelle, cela se ressent déjà sur le premier mois : j’ai plus conscience de ce que je cherche.

Projet pédagogique

Un des objectifs majeur de ce projet est la mise en place d’un projet éducatif basé sur le placement et le suivi de pièges photographiques par des classes. Pour les détails, je vous réfère au document principal qui vous présente le principe. https://peupleloup.info/la_grande_evasion.pdf

Mise en place

Je suis arrivé en Eeyou Istchee avec les 3 pièges photo que l’association a pu se procurer depuis notre présence dans le Vercors. L’idée étant d’inviter 3 classes à participer pendant les 3 mois que dure le projet de mise en place. Bien sur, nous ne comptons pas nous limiter à ce faible nombre mais il est toujours plus facile de tester ce projet inédit en petit comité avant de l’étendre. Et vous verrez plus loin que nous allons très bientôt ouvrir la porte à plus de classes.

Premières rencontres 

Deux écoles ont répondu à l’appel : la classe de CM1 de Brocéliande et un groupement de deux classes de l’école de Noroy Le Bourg (Franche Comté). Une troisième classe de CP devrait normalement se joindre au projet après les vacances de Pâques.

Durant ce premier mois, deux rencontres ont pu être organisées pour chaque classe, ce qui a permis de tester la liaison par Skype et de mettre en place l’installation. À la première rencontre, seule la webcam de l’ordinateur portable a été utilisée, avec une luminosité faiblarde (les 6h de décalage horaires nous pénalisent de ce coté là). À partir de la deuxième rencontre, nous avons pu améliorer le rendu en ajoutant une caméra extérieure, permettant une vue plus éloignée et plus vivante (je peux bouger !) et ajuster le son.

La mise en place concerne aussi l’interaction avec les élèves, notamment pour choisir l’emplacement du piège. Nous avons pu préparer une carte précise de la zone la plus importante, codifiée et quadrillée. Cette carte est mise à jour entre les rencontres afin de montrer, via l’écran partagé, les pistes rencontrées et les zones intéressantes.

Cette option d’écran partagé permet également de montrer les vidéos et photos de manière plus fluide pour les élèves, sans qu’lis aient besoin de suivre un lien et télécharger les médias. Associé à une trame préparée à l’avance et comportant plusieurs thèmes importants, le résultat est dynamique et semble intéresser les élèves.

il y a bien sur des améliorations à faire et un travail sur une interaction plus fluide en cours de séance, mais pour un premier mois d’essai, le résultat est plutôt concluant lorsqu’il n’y a pas de souci technique.

En parallèle aux deux classes françaises, nous avons également fait une première rencontre avec une classe de Waskaganish, avec qui nous allons continuer d’échanger.

Quelques belles rencontres

Cela fait partie du bonheur de la Baie James et de l’exploration du territoire. Bien que cela ne soit pas l’objectif principal, c’est toujours un grand plaisir de faire des rencontres avec la faune sauvage. Le caribou n’étant pas vraiment présent cet hiver (lien vers problème), les animaux rencontrés sont de plus petites tailles mais tout aussi intéressants. Au fil des jours et des balades, j’ai pu croisé écureuils roux, lagopèdes des saules et mésangeais du canada. Lors de la dernière semaine, le printemps se fait sentir et les tétras du canada, mésanges, bruants des neiges se font voir de nouveaux.

Lagopède des saules

Les rencontres les plus remarquables ont été avec des renards. La première, très positive, dans un sous bois. Alors que j’explorais une zone nouvelle pour moi (mais déjà parcourue pour préparer un sentier de randonnée), le renard m’a coupé la route et s’est approché vraiment proche, avant de faire une pause dans une clairière pour faire sa toilette et reprendre son mulotage. Aucune crainte de sa part, j’ai pu me faire plaisir et profiter de cette très belle rencontre.

Regard malin

Cela change de la faune du Vercors : la pression humaine étant bien plus faible (peu de présence, pas de chasse), les animaux acceptent une proximité qui ne serait pas admise en France.

La seconde a été marquante mais négative. C’est toujours d’actualité d’ailleurs, cela remonte à dimanche dernier. Alors que je pensais suivre une piste de porc-épic fraîche, j’ai découvert avec tristesse que l’animal que je suivais était un renard qui traînait un piège à la patte avant…

Depuis cette rencontre, je fais un suivi poussé pour voir comment il évolue et déposer de la nourriture pour qu’il garde ses forces. En parallèle, nous sommes en lien avec le refuge Pageau à Amos pour voir comment l’aider plus concrètement.

Coté loup, j’ai du me contenter de pistes fraîches, parfois dans mes propres traces. Comme j’en ai l’habitude, le loup garde une méfiance importante envers l’homme et sa mobilité le rend difficile à croiser. Cependant, cela fait partie du bonheur que je prends à les suivre et j’attends sans problème qu’ils décident de se montrer.

Vous pouvez visiter notre galerie Flickr pour en voir plus, elle est mise à jour presque quotidiennemen. Bon voyage !

À venir

Le deuxième mois du projet s’annonce intense et prometteur, continuez à nous suivre :

Boly.ca soutient notre projet pédagogique

Le projet pédagogique va prendre une envergure plus importante, avec l’acquisition de nouveaux pièges photos. En effet, un photographe ami de Sylvain, Alain Malo, s’est beaucoup investi dans le projet éducatif et a pris contact avec Boly.ca, fabricant de pièges photographiques, pour que nous soyons mieux équipés et que d’autres classes puissent se joindre au projet.

Un grand merci à Boly qui a répondu présent car un programme de commandite a été mis en place, à destination des entreprises qui aimeraient soutenir ce projet. Boly propose pour notre projet un kit comprenant 1 piège photo SG2060K, deux batteries 6v, la connectique associée et 1 carte SD. Pour 4 kits achetés dans le cadre de ce programme, Boly nous en offre un.

La très bonne nouvelle est que 4 kits ont déjà été commandités. Le premier par M.A Photographe et trois autres par une entreprise qui souhaite garder l’anonymat pour l’instant. Nous sommes donc en attente d’un colis contenant 5 pièges photos avec leurs accessoires.

Cette très bonne nouvelle annonce la possibilité de proposer le projet à 5 nouvelles classes. Plusieurs sont intéressées au Québec et des classes françaises étaient dans l’attente de cette évolution.

Nous publierons très prochainement tous les détails sur ce programme de commandite, afin que vous puissiez partager autour de vous et ainsi nous permettre d’étendre encore la portée de notre projet. Idéalement, nous souhaiterions proposer à la rentrée prochaine 10 pièges photos aux classes, commandités par ce programme. Cela nous permettrait de placer les nôtres dans des secteurs encore méconnus et donc améliorer notre connaissance du territoire.

Période intéressante pour la meute

Le mois d’avril annonce la mise bas et l’installation en tanière. Si il y a eu reproduction, la meute va progressivement reprendre ses marques autour de la zone de la tanière et devenir moins mobile qu’en hiver. C’est donc le temps de vérifier cela, merci à la neige encore présente, et de poser quelques pièges photos à des endroits adaptés (les sentiers principaux). Comme c’est un secteur que nous connaissons et avons pratiqué ce mois ci, cela pourrait donner de bons résultats. À suivre !

Lancement des Facebook Live

Je vais suivre les conseils de Sylvain et tenter de vous proposer des Lives réguliers. D’ailleurs pour fêter cette fin de premier mois, Un live se fera ce vendredi 13 avril à 18h (heure française), ce qui nous permettra de discuter de ce premier mois sur le terrain, Sylvain, vous et moi.

Dans le principe, j’aimerai proposer un live à fin de chaque semaine, afin de parler de ce qui s’est passé sur le terrain et pour compléter les actualités publiées sur la page Facebook. Selon le succès de la formule, j’adapterai bien sur.

Votre soutien est important

Je finis ce long article en vous remerciant du soutien important que vous nous avez donné, notamment sur les réseaux sociaux. Cela nous pousse à continuer dans ce sens et à nous améliorer. La page Facebook a rarement été aussi vivante grâce à vos commentaires et vos « pouces bleu ». Pour celles et ceux qui ne sont pas inscrits sur ce réseau, il est important de noter qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un compte pour voir nos actualités. À coté de cela, nous avons bien sur toujours notre page Flickr, relayée par notre compte twitter (qui est plus actif également grâce à la classe de CM1-CM2 de Noroy.

Merci de continuer à partager nos publication et de relayer nos actualités, c’est toujours très important. Comme nous allons très prochainement recevoir les nouveaux pièges photos, n’hésitez pas à contacter des professeurs que vous connaissez, ils seront peut être intéressés par notre projet éducatif. Le document PDF du projet est une bonne base.

Pour finir, nous vous rappelons que notre collecte sur HelloAsso est toujours d’actualité. Elle plafonne à 60% (pour un total demandé de 2000€) alors que le besoin est réel. Pour pouvoir vous proposer photos, vidéos et continuer à améliorer les présentations aux classes, il est nécessaire d’utiliser une génératrice à essence (nous n’avons pas l’électricité au camp), payer les frais internet et plus généralement les frais quotidiens. Sylvain nous accueille de son mieux mais ne peux prendre en charge le surcoût lié à notre projet. Et le ravitaillement en nourriture dans le nord n’est pas des plus économiques.

À bientôt depuis Eeyou Istchee et Terra Canis Lupus !

 

2 Commentaires

  1. Bravo K-loup, c’est une aventure utile et merveilleuse, dommage que je ne sois plus enseignant!
    amitiés de nous deux et des autres membres de la recyclerie…

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