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Vadrouille du 8 au 12 avril 2010

mercredi 14 avril 2010, par Mickaël Brangeon

Je suis de retour au camp avec quelques bonnes nouvelles. Articque nous apporte un soutien financier qui va permettre de penser au remplacement de l’ordinateur, qui accuse le coup après si longtemps. Thierry, président de loup.org, m’annonce également qu’une heureuse surprise est partie par courrier. Je n’en sais pas plus mais l’aspect purement financier n’a jamais été aussi serein depuis le début du projet.

Plus technique : j’ai reçu le lecteur de carte qui va me permettre de transférer les photos prises avec la caméra Canon HV30, envoyée par Parcours le Monde. Dans le même colis, il y a la connectique qui devrait me permettre d’importer les vidéos sur le pc. J’ai des sérieux doute à l’installation, mais au final tout se finit bien ! je vais pouvoir vous envoyer quelques prises vidéos sans trop de difficultés. Enfin, cela attendra nouchimi cependant car il faut beaucoup de temps de transfert…

Et ce dernier point est le seul négatif : la génératrice ne veut toujours rien savoir, malgré quelques astuces données. maudite ! Je repars donc de nouchimi sans électricité.Léandre passera cependant la semaine prochaine livrer une batterie 12v neuve, sur le bord de la route.

  Jeudi 8 avril

Il est temps d’aller marcher dans la zone de la tanière. Encore inoccupée bien sur mais je dois resserrer un peu le secteur et explorer la zone sans déranger trop. Une bonne occasion aussi de laisser quelques traces de mon passage.

Le gros de la neige est déjà partie. C’est impressionant comme cela a dégelé vite cette année. La neige n’est plus présente que dans les coins les plus à l’ombre et on peut facilement marcher à pied sec la plupart du temps.

Je charge le carrix pour 5 jours,je ne prends pas de luxe. Je ne prends pas les raquettes : si la neige porte, je peux y aller à pied. Si elle ne porte pas, j’irais au fond, raquettes ou pas :/

Il y a du vent et le ciel reste couvert jusqu’au milieu de la journée. Ca m’arrange bien car le gel de cette nuit a durci la neige et le passage jusqu’à la route ne me pose pas de problèmes. Le soleil va se dégager ensuite et chauffer vite l’atmosphère. La route ne porte plus aucune marque de neige et les aulnes se sont redressés, bouchant ainsi le couvert de la taïga aux visiteurs de la route. Il y a quelques pistes fraîches de caribous qui longent la route.

Lac

J’ai donc décidé de « squatter » la zone où les louveteaux ont été observés l’été passé. Je ne me fais pas d’illusion et je prévois de faire principalement de la route, dégel oblige.

À mesure que j’avance vers cette zone, la neige semble plus présente, plus epaisse. Ce n’est pas une mauvaise chose mais je dois chercher plus longtemps un coin où m’installer. Ce sera 1km environ après la zone. Je ne peux trop m’éloigner car la neige ne porte plus du tout. J’installe le camp et retourne ensuite sur la route.

Caribous (by peupleloup)

Peu de temps après, alors que j’étais en train d’inspecter une série d’empreintes de caribous, une petite famille sort d’une courbe, Le mâle boitille un peu et leur démarche est plutôt lourde. Ils vont mettre un peu de temps avant de me voir et de rejoindre le couvert. C’est toujours sympa de revoir ces caribous, je n’y croyais plus.

Rouge

Je continue jusqu’à la grande rivière un peu plus loin, repère encore d’autres passages et reviens dans lesens inverse. Je passe voir le vieux mitogan et le découvre inondé par la fonte des neiges. Je récupère du bois en passant et retourne au camp pour souper. Je vais retourner ensuite sur la route jusqu’au coucher du soleil.

  Vendredi 9 avril

Il a neigé cette nuit et cela continue ce matin. Le vent vient du nord, pas de bol : j’avais orienté la bâche coté ouest, le vent dominant. Résultat, une jolie couche de neige sur toutes les affaires. Le déjeuner est frugal : une portion individuelle de gruau qu’Alain m’a donné. Ration pour nourrisson j’ai l’impression…

J’attaque la journée en partant dans la même direction qu’hier. J’ai l’ambition de faire le tour de tous les accès de la zone,principalement des vieux accès aux lignes electriques. Camouflé depuis la route, ces vieux sentiers sont foulés par bien du monde normalement.

La bonne nouvelle est que la neige porte très bien. Comme le temps n’est pas au beau, cela va durer toute la journée. Sur les deux premiers accès, au niveau de la grande rivière, il y a beaucoup de vieilles pistes de caribous. Enfin pas trop vieilles mais pas du jour. Un loup est passé également . Il est passé par la ligne d’energie et a emprunté un des sentiers sur quelques centaines de mètres. La piste est bien usagée.

Rivière et hauteur

La journée avance bien et le soleil la rend très agréable. J’ai pu relever les passages sur les 5 accès voulus, plus une bonne part de ligne d’energie. Le soleil est encore haut. Je retourne au camp mobile et me fait le souper : une boîte de beans. Ensuite, je vais aller du coté de la zone d’observation.

Ruisseau dégelé

Il existe deux secteurs dans cette zone qui m’intéressent au plus au point. Ces deux secteurs sont reliés par un ruisseau assez vif et que je soupconne d’alimenter les loups en période de tanière. Un autre point commun entre les zones : Beaucoup de rochers. Des pierriers en fait. La zone devait être sous les eaux avant la construction du barrage et de la route, le sol garde mémoire de son passé maritime.

Je profite donc de la neige portante pour aler voir le premier secteur, au sud de la route. Je tombe sur une piste lupine qui va marauder entre le lac du coin et la route, dans la largeur. Un coin pas mal humide par contre, le ruisseau est assez large par ici et n’est pas trop passable à sec : le dégèl rend les rives toutes relatives. Cela ne dérange pas le loup, mais moi un peu plus. D’autant que la neige tombée récemment a un gros inconvénient : elle me cache les trous d’eau et souvent, je fais…plouf

plouf

Un peu déçu de cette portion cependant. Je pense celle-ci trop humide. Certes les loups ne sont pas encore installés et tout cela va s’assécher. Mais on est en avance sur la saison et normalement, ce dégel a lieu en plein temps de mise bas. J’imagine mal une tanière dans cet aquarium temporaire.

Je finis la tournée du coin et reprends la route dans le sens ouest, en direction d’une gravière. Comme je le disais au début, je compte bien laisser mes traces et emprunter largement la route pendant cette saison, avant que les loups ne s’installent. C’est pas le plus rigolo, mais la route est à priori un élément fondamental, pour tous les habitants de cette zone.

Juste au niveau de la gravière, je fais un saut. Une belle série d’empreintes tputes fraîches. Elles n’y étaient pas voila 3h. Juste quelques pas sur la route, avant de s’enfoncer dans le bois, laissant de belles marques dans la neige. Je m’engoufre à sa suite et la remonte à train forcé.

Empreinte de loups

Je distingue nettement deux pistes distinctes maintenant, puis rejointe par une troisième. De temps en temps regroupées, eles se séparent régulièrement, s’entrecroisent et évoluent en parallèle. Je suis toujours la piste la plus franche, celle qui réunit le plus souvent deux loups. La troisième piste est dans le coin de l’oeil, jamais bien loin.

La neige qui porte et l’impression qu’ils sont tout près me fait presque courir. S’ils se baladent et s’amusent, comme les pistes semblent le montrer, alors j’ai peut-être ma chance d’en croiser la queue d’un. Les petits malins me font traverser un petit lac, guère rassurant. Je ne réflechis pas trop et m’engage dessus, essayant de glisser plus que de marcher.J’entends la glace qui se plaint et qui craque , mais elle tient bon. Mes jurons ont du la convaincre de me laisser passer.

Ils ont fait ensuite quelques allers retours, je me perds un peu dans le sens des pistes. La densité des empreintes est forte. Je ne m’attarde pas et me concentre sur la principale, qui suit toujours sa lancée. Je suis au trôt et j’essaie de distinguer des mouvements dans mon champ de vision. les pistes se séparent ensuite et s’éloignent l’une des autres. Je dois faire des choix, et celui que je fais m’emmène bientôt dans une impasse. la piste se meurt et l’action se passe ailleurs. Je sais que la zone principale de la gravière est toute proche. Je prends ma chance et décide d’aller vers celle-ci : excellent point de vue et passage quasi automatique des loups lorsqu’ils sont par ici.

Raté. Aucune piste fraiche au niveau de la gravière. Et la nuit tombe dans 1/2h. Je presse le pas et me dirige vers la route. Pas de traces non plus sur celle-ci. Ils sont restés dans le bois. Je la remonte jusqu’à mon point de sortie initial. Rien. Cependant, juste un peu avant de finir ma boucle, je repère une masse sombre dans le couvert, surmontée par un mésangeai actif. Je reconnais le pauvre caribou executé gratuitement en automne passé. Je vais le voir et découvre pléthore d’empreintes lupines. La carcasse est bien dévorée et des bouts sont arrachés et laissés quelques mètres plus loin. En suivant une des pistes qui s’éloigne, je vais retomber sur la piste que j’ai suivie et le lac que j’ai laborieusement traversé. Je comprends mieux les allers retours.

Carcasse de caribous

La nuit tombe, je rejoins la route et le camp. Je traîne un maximum, guettant les fourrés et espérant une vision. Après la nuit tombée, je me résigne et regagne mes pénates. Tant pis. Je me suis fait fourré. Mais qu’est ce que j’ai eu du fun !

  samedi 10 avril

Il a encore neigé cette nuit, plus fort encore, et cela continue ce matin. Dommage pour la piste, excellent pour la marche. Après le déjeuner rapide, je retourne à la carcasse. Personne n’est passé depuis hier. Les pistes sont encore visibles et je décide de les suivre plus calmement. Un peu plus loin, au niveau des allers retours, un loup est repassé en direction inverse, il y a peu. Les griffes et les doigts sont bien visibles, peu d’altération par la neige : go !

Il repart vers l’est et m’entraîne dans un circuit peu linéaire. Il passe dans plusieurs zones denses, qui l’obligent parfois à se détourner. L’allure est régulière, et il semble savoir ou aller, même s’il y va d’un pas courbe. Pour un loup, une tourbière ne semble pas être une difficulté, il ne cherche pas à l’éviter, même en période de dégel. Moi j’arrive à le suivre sur ce coup, mais au pris de plusieurs bains de pied. Un secteur bien venteux ensuite, et où les caribous sont passés en nombre. Le vent essoufle les pistes à grande allure et je vais égarer un moment mon objectif.

Lac sous la neige

Je continue cependant dans la foulée, enfin j’essaye. Lorsque le soleil n’est pas là pour guider, la direction qu’on prend est dès fois très subjective. Je n’ai pas trop dévié cependant car je vais retrouver la piste lorsque je rejoins un couvert. Je ne sais pas trop où je suis mais je le suis, ce qui est un bon compromis. Plus loin, il a laissé une belle crotte presque encore fumante de son gavage de la veille.

Un peu plus tard, je vais faire un bond. Un camion Képa passe à toute vitesse…Je ne m’étais pas rendu compte que j’étais si près de la route. On la longé depuis le début surement, 50m sur ma gauche. Ca fait bizarre comme impression…Plus loin, je tombe sur un ruisseau en crue et un vaste marais. Je sais que je m’approche de la zone visitée hier. Le loup l’a joué fine : il a testé deux endroits de passage, pour finalement traverser à un troisième. J’essaye à mon tour, mais bon…plouf

Dégel

Comme la route est proche, je vais alors la rejoindre pour passer cette difficulté. Je sors exactement au niveau d’où je m’installais cet été pour observer les petits. Je passe le cours d’eau et reprend le boisé à partir d’une crête. Je croise pas mal de pistes de caribous et finit par retrouver mon loup, assez facilement. Je reprends donc sa suite et il va me faire passer par des endroits peu fréquentables : deux ruisseaux, une grosse colline très escarpée et des coins à aulnes. Au niveau de la colline, il semblerait qu’un second loup l’ai rejoint pourl’ascension. Je gravis avec peine la montée et arrive au sommet. La piste s’évanouit au niveau d’un caillou. plus rien. Je me rends compte alors qu’il n’y avait pas de second loup sur ce coup : il est redescendu par la même voie.

Que vois je à partir de ce point d’observation, car c’en est un ? des collines densément boisées et le lac, suspect potentiel de mes recherches de tanières. Le loup semble le contourner par le grand large. Moi, je suis presque arriver à la ligne d’énergie et j’ai bien envie de voir quelques caribous, que je sais friands de ces tranchées. Je continue donc sur ma propre voie et laisse de coté le loup maraudeur.

Je vais croiser le premier des caribous on loin de là ; en plein couvert. On se surprend mutuellement et il détale vers la ligne. Je suis sa piste et rejoins la tranchée. Un petit groupe se tient près d’un pylone et un autre s’engage vers le sud. La neige tombe assez fort et la lumière n’est pas belle. Je prends un peu de vidéo mais y’a rien de bien fameux.

Je remonte ensuite la ligne. Je sais qu’à 2km environ, il y a une zone où il y a toujours de la présence et moyen de s’approcher assez près. En passant la colline qui me fait découvrir le versant désiré, je dérange une bele harde qui trainait en contre bas. Ils s’éloignent un peu mais restent non loin. Je suis sur que c’est pour me payer ma tête…. Car bien sur en bas de la colline, il y a une zone de neige qui va s’avérer être non portante. 15m à franchir, imaginez le tableau :

les jambes enfoncés dans la neige jusqu’aux bourses, les pieds qui baignent dans l’eau d’un petit ruisseau caché en dessous. La descente s’effectue accompagné d’un rowww de surprise. La remontée en général s’accompagne plus d’un tabarnak inspiré. Lorsque remonté, alors rebelote pour un séjour dans la neige collante. refaire la manipulation x fois.

Je finis par ressortir du piège en pestant, alors que les caribous m’observent de loin, hilares j’en suis certain. Ils vont détaler ensuite, alors que je remonte à leur niveau, et entamer l’ascension de la colline que je viens de descendre. Je peux prendre une petite vidéo.

Ensuite, je continue et rejoins mon coin secret. Où évidemment il n’y a eu aucun passage… Je me suis fait fourré encore une fois.Je redescend ensuite en suivant le sentier des foreurs. Une fois la route rejointe, je remonte vers le camp pour souper.

Ensuite, direction carcasse, sans découverte. Je traîne sur le bord de la route ensuite, entre la gravière et la zone d’observation. 2 allers retours de 2km environ.

  Dimanche 11 avril

Il a bien gelé cette nuit et encore un peu neigé. Mes chaussures de randonnées sont raides bien comme il faut et je dois m’aider du réchaud à bois pour les ramollir quelque peu. Le paysage et la route ont repris tenue d’hiver, du moins en apparence.

Avant toute chose, je repars voir cette carcasse. Pas de passage et la carcasse n’est presque plus visible. Un tas de neige parmi un autre.

Ensuite, je rebrousse chemin et pars vers la seconde zone intéressante du point de vue tanière. Celle ci se trouve donc au nord de la route et suit le ruisseau. Deux lacs dans cette zone pourraient convenir parfaitement. Une veille piste de loup est dévouverte entre les deux, mais rien de significatif. Cet endroit est plus dense que l’autre zone, le ruisseau moins présent et escorté d’une bande de végétation dense. Plus au nord, un lac immense dans sa longueur, barrière estivale sans aucun doute.

Le souci est qu’il est encore tôt et que la neige recouvre une bone partie du relief de la zone. Je ne découvre rien, si ce n’est plusieurs sentiers larges (la neige lesmet en évidence) et des épinettes sérieusement rongés (caribous et orignaux ont cette habitude).

Le soleil va ensuite se montrer, aidé par un vent violent venant du nord. Ayant pas mal visité la zone, je rejoins la route et donc une surface stable. Je rejoins une autre gravière situé à 6km de là vers l’ouest. De là, je vais prendre un peu le soleil, avec une bonne vue sur la route. j’en profite pour rédiger une partie de ce carnet.

Aucun passant ne passa. Les caribous doivent être restés dans la même zone, j’aurais du voir plus de pistes. Plus tard, je retourne souper au camp, avant de retourner vers la gravière de la veille. Je continue jusqu’à un lac assez grand et bien sympa. Je maraude ainsi dans une pinède dense, territoire des ours d’ici peu.

Dégel

De retour au camp juste avant la nuit, j’ai le temps de passer jusqu’à la zone sud, le pierrier inondé et finis ma journée dans la tourbière borant le ruisseau que e loup a traversé hier. Une belle lumière de soirée.

  Lundi 12 avril

Ciel gris encore, mais pas de neige pour ce matin. Après e déjeuner, qui vide le reste de mes provisions, je démonte le camp et engage ma fin de vadrouille. Le soleil va se dégager lentement mais surement et le ciel est majoritairement bleu lorsque j’arrive au niveau du camp.

Je décharge mes ordures, refait le plein de victuailles et entâme le dernier bout, pas le plus facile avec la neige collante.Une coupe de bois ensuite, avant de m’amuser quelque temps avec l’écureuil du camp, totalement familier maintenant. Je peux bouger autant que je veux, il reste sur son arbre à moins d’un mètre de moi parfois. Bon, il se la joue encore un peu stressé, mais un écureuil de toute facon, ca ne sait pas être calme. Un rat sous cocaïne, voila ce qu’est un écureuil !

L'écureuil du camp

Ensuite, je vais tester la petite batterie que j’ai mis en charge sur le solaire. En branchant juste le modem, j’arrive à vérifier mes mails et publier deux photos. Rideau ensuite. Demain je reçois une nouvelle batterie, amenée par Léandre et déposé sur le bord de la route pour moi. Ca devrait faire la job quelque temps.

Fin de la vadrouille

Note : le lendemain, lorsque je suis allé chercher cette batterie, une harde de caribous est passé sous la ligne, non loin du camp. Un loup également est venu sentir les empreintes que j’ai laissé, depuis la route jusqu’à la ligne. Chacun son tour ;)

Voir en ligne : les photos de la vadrouille




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