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Vadrouille du 19 au 23 novembre 2009

mercredi 25 novembre 2009, par Mickaël Brangeon

Comme d’habitude, le retour de nouchimi a nécessité un temps de repos. Je l’ai mis à profit pour colmater quelques trous récalcitrants dans le camp, changer ma lame de scie qui en avait bien besoin et remettre en état le traineau qui va me servir tout cet hiver. En rapatriant mon dernier bidon d’essence, je découvre que des chasseurs ont emprunté un bout de la trail qui relie la route au camp. Ils sont passés en quatres-roues (quad) et ravagés le sol. Cela va être du bonheur de passer avec le traineau sur ces ornières gelées. Ils ont tués. du sang et des tripes jonchent le sol, en plein dans mon passage.

Je comptais partir mardi matin, en zone ouest. Je me suis révéillé à 13h30…Je repousse donc au lendemain car la journée s’achève vite maintenant. Je tente d’allumer la génératrice pour travailler un peu.

J’économise l’essence car je souhaite vraiment faire la prochaine rencontre scolaireà mon camp. Elle ne démarrera pas. Hier pourtant elle fonctionnait très bien. Je la réchauffe, je trifouille dedans, en vain. J’ai des envies de destruction massive à ce moment. Je vais devoir encore une fois revenir sur Nouchimi, à peine une semaine après en être parti. En plein rush, au moment où la pourvoirie devient frénétique et invivable…

  Mercredi 19 novembre

Il n’a pas gelé cette nuit. le redoux de ces derniers jours se poursuit. L’avantage est que les ornières laissées en cadeau vont être plus franchissables. J’ai donc prévu de rester jusqu’à dimanche. J’emmène de quoi me tenir au chaud au cas où le froid refasse surface. Le traineau est amputé d’une partie, cassée le printemps dernier. Cela ne me gène pas tant que ça, j’ai encore de la marge.

Paysages d'hiver

Sur la route, peu de traces. la route est glacée, ce qui facilite le tirage du traineau. Je croise beaucoup de véhicules. Bien évidemment la tenue orange est de rigueur. Régulièrement, des mares de sang jalonnent le bas-coté. La Baie-James vit sa période sombre. Un coin de paradis se transforme pour un temps en un terrain de jeu sanglant, un champ de bataille.

Je vais croiser une des équipes de gardes-chasse. Nous discutons un peu. L’un des deux officiers me montre deux cadavres dans la remorque. Ils viennent juste de les récupérer. Une mère et son veau. Encore chauds et abandonnés. Ces deux là ne seront pas « gachés » : il sont pu être nettoyés avant que la viande se perde. Ils vont être envoyés à un organisme de charité. L’enquête est en cours pour retrouver celui qui n’a pas daigné finir son acte.

Je vais quitter la route dans une zone proche d’une vieille gravière. Je comptais pousser plus loin et suivre un sentier assez récent. Cependant, le redoux et la neige en constante baisse ne m’autorisera pas à aller très loin. Je choisis donc un coin plus proche qui peut m’offrir des bonnes balades sans que je ne sois bloqué par des cours d’eau importants.

Je m’installe tranquillement. Je n’ai pas pris le tarp : trop usé pour supporter une bonne tension. J’ai une bâche agricole et je bidouille un petit coin sympa. Je chausse ensuite mes raquettes pour aller me balader. Pas vraiment nécessaire, mais l’avancée est plus agréable : une légère croute de glace me rappelle le printemps et la chaleur de l’après-midi est appréciée !

Paysages d'hiver

Il faut vous imaginer une ambiance à part. Ce n’est pas le redoux ou le peu de neige. C’est un fond sonore. régulier. C’est un métronome. Les tirs de carabines sont plus nombreux que les chants d’oiseaux. Ca tire en « rafale ». 5, 6 coups d’affilés. le silence. Jusqu’au prochain. Et les caribous ne sont plus présents en masse ! Je suis heureux que la grande majorité soit passée alors que la chasse n’était pas encore ouverte.

Petit souci technique : l’autofocus du nikon fait des siennes. Je dois passer en manuel. Il y a aussi beaucoup de buée. Le redoux n’est pas apprécié par l’appareil.

Je reviens au camp pour le souper. Je n’ai pas approché de la route bien sur. Je soupe alors que la nuit tombe. Il fait doux et les tirs s’arrêtent enfin. enfin pas tous. Certains tentent leur chance à la noirceur, ce qui est interdit.

  Jeudi 20 novembre

Je vais longer la grande rivière de la zone, qui relie route et des grands lacs au sud. J’ai les jambes lourdes et n’avance pas. La neige est facile, il fait beau, je n’ai aucune excuse pour tant de lourdeur. Je connais la cause, je passe presque plus de temps à faire les à-cotés, chaque fois je dois reprendre le rythme du bois.

Il y a très peu de caribous. J’en croise trois sur un lac et suis pas mal de pistes plus toutes fraîches. Par contre, je tombe sur une très belle piste lupine. Deux loups vont vers le sud. Cela me donne le peps que je n’avais pas jusque là. Je vais tester pour la première fois la marche sur lac : Ils y sont allé, je les suis. Bien sur, je ne m’aventure pas au milieu. Je longe la rive, comme eux. La glace semble cependant assez solide et inspire confiance. Je perds leur trace plus loin car ils traversent de part en part et je suis beaucoup moins confiant sur le coup.

Traces de loups

Lors du retour vers le camp mobile, les tirs se refont entendre et me donnent le sentiment d’être un petit gibier. Je ne suis pas rassuré. Je suis en alerte. Il n’y en avait pas autant l’hiver passé…

Dans la nuit, alors que les tirs ont cessé, un loup hurle, proche. Je souris. Enfin je retrouve « ma » Baie-James !

  Vendredi 21 novembre

Il fait beau encore aujourd’hui. Il a gelé un peu mais cela reste vraiment chaud pour la saison. Je vais tenter ma chance coté nord aujourd’hui, vers où le loup a hurlé. Cela signifie couper la route. Je me rends compte en sortant du bois que j’ai oublié ma veste orange. Je rebrousse chemin pour la chercher évidemment.

Le nord est limité : un très grand lac barre le passage. Je vais m’occuper à le longer sur une bonne partie de sa longueur. Quelques pas d’hommes dans le bois. Etonnant, il y en a qui quittent la chaussée ? Sinon, toujours des mauvaises jambes. Toujours le pas lourd et l’allure sans energie. Je me fache. Je me dispute avec moi-même.

Mésangeai du Canada

Pas mal de traces de caribous vers le sud. Mais aucun visuel. Cela change de la dernière vadrouille. Mon avancée le long du lac est coupée par un ruisseau assez large, non gelé. Je pense passer par le lac gelé mais après une pause, le bruit de la glace sous le soleil me susurre de ne pas tenter ma chance. Je reprends sud et maraude dans le boisé. Arrivé au niveau de la route, je n’ose l’emprunter, c’est terrible. Je rebrousse chemin et vadrouille dans le secteur, même si l’intérêt du lieu est limité. Je n’ai pas retrouvé de traces du loup, dommage.

Ecureuil se goinfre

Si les caribous ne sont pas trop au rendez-vous, les écureuils sont les rois : beaucoup de traces et plusieurs rencontres avec des affamés ! Le soir, je m’offre mon premier feu de camp. J’aurais pu m’en passer, il ne fait pas froid. J’avais besoin d’une compagnie. Le feu, c’est comme un ami : il vous réconforte, il vous fait oublier certains trucs, il vous donne un peu de sa force.

  Samedi 22 novembre

Retour vers le sud pour la dernière sortie de cette vadrouille. Enfin j’ai retrouvé mon rythme et avance comme je l’espère. Enfin… par contre, le temps est mauvais. plein de vent, un ciel blanc sur un sol blanc. Une lumière qui rend toute chose fade et sans relief. Le jour où je marche leplus est aussi celui où je n’ai rien de correct à poser en photo. Quelques lagopèdes me passent devant le nez, s’envolent et me surprennent, me laissant comme un « bêta ».

Lagopède

Après avoir avancé pas mal dans le sud, je vais remonter et suivre la ligne d’énergie, sur 4 ou 5 km. Je vais vers l’est et dans le coin où j’avais croisé tellement de caribous. Il n’y a plus que les traces. bon vent, caribous, vous avez eu le nez fin !

Par contre, il se fait tard et je vais devoir utiliser la route pour rejoindre mon petit chez moi. Les véhicules que je croise ont des yeux curieux dans ma direction. Une voiture va s’arrêter alors qu’elle me repère à la sortie d’une courbe. Elle s’arrête brusquement, partant un peu de travers. Elle est à 200m. Elle ne bouge pas. Je continue à avancer, mettant en évidence mes bras, réajustant mon gilet. Elle recule doucement sur une cinquantaine de mètres, stoppe de nouveau. Je continue tout en jouant avec mon écharpe rouge vif. Pas croyable qu’ils me prennent pour un cervidé ! Ils vont finir par repartir, me décochant un regard peu sympathique lorsqu’ils passeront à ma hauteur.

Sur la route, jé découvre deux cadavres sur les bas-cotés. « intacts », c’est à dire tirés mais laissés sur place. A une cinquantaine de mètres de mon campement provisoire, deux victimes, elles ont été récupérées. Je marche dans une neige rouge sang. Je suis écoeuré.

  Dimanche 23 novembre

Je vais décamper tôt. Il a gelé cette nuit, toujours pas de gros froid. Sur la route du retour, je vois passer la police, gardes-chasses et une ambulance, en direction de radisson. Il s’est passé quelque chose.

De retour au camp, rien à signaler, sinon une piste brune qui va vers le lac. Un caribou blessé a continué sa route. Je coupe un peu de bois. Le vent est fort comme souvent au camp. Une fois réchauffé, je lance le pc et importe les quelques photos avec ce qui me reste de batteries.

Je suis d’humeur amère. J’ai assez d’essence pour assurer les écoles. J’ai un goût énorme de rester dans mon « chez moi » et de préparer une prochaine sortie moins austère. Mais demain, je dois prendre la route, rejoindre Nouchimi. Demain, je serais à un endroit que j’aurais voulu éviter au maximum. Encore raté. Encore en transit. Encore en train de perdre ce rythme que je n’arrive plus à retrouver depuis un moment. Il va falloir résoudre ça. Fin de la vadrouille.

Voir en ligne : les photos de la vadrouille




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