Vendredi 12 mars
Il est temps d’aller visiter ce fameux sentier, découvert la semaine passée. Le carrix a remplacée le traineau, rendu hors d’usage par une route presque dégelée. L’inconvénient du carrix : je peux embarquer moins de matériel. En effet, ce n’est pas encore la canicule et les affaires hivernales prennent du volume. Enfin, comme il ne fait pas froid, je peux faire des coupes franches : je ne prends qu’un sac de couchage, oublie le parka d’hiver et il y aura moins de luxe dans la nourriture. Je dois cependant me charger de mon sac à dos, que je peux normalement mettre dans le toboggan.
l’autre souci est que je n’ai pas retrouvé la spatule à neige du carrix. J’ai bidouillé un montage maison avec une raquette, un morceau de tapis de sol et de la corde. Cela n’a pas tenu 50m. Je me contenterais donc de la roue, cela ne devrait pas poser de souci sur la piste, mais cela m’enlève l’option de m’éloigner de celle-ci avec tout le matériel.
Sur la route, rien de remarquable à signaler. Il fait chaud et le soleil tape dur. Arrivé 10km plus loin à l’entrée de la piste, je resserre un peu le carrix qui s’était détendu et j’attaque une partie. Je compte m’arrêter au niveau des lacs à la fin du sentier officiel (à l’endroit où j’avais laissé le carrix l’été dernier).
la piste est dure et très praticable, c’est un bonheur d’avancer sur cette surface. Un peu plus tard, je vais croiser Claude, qui s’occupe du site de forage. On discute un peu et il m’indique à peu près jusqu’où ils sont descendus. Pas aussi loin que je l’espérais : le sud du grand lac, à mi chemin du lac Corvette environ. Pas mal de détours car il y a des machines pesantes à déplacer et les lacs ne sont pas envisageables.
L’accueil est très sympathique en tout cas et ma présence ne semble pas déranger le moins du monde. Je continue ensuite et atteint les deux lacs alors qu’il reste environ deux heures de travail pour le soleil.
J’installe le camp vite fait et soupe tranquillement. Vers 18h, j’entends passer deux motoneiges, en direction de la route, puis peu de temps après, deux autres motoneiges repassent en sens inverse : c’est le changement d’équipe. En effet, la foreuse fonctionne jour et nuit.
Samedi 13 mars
Un beau soleil encore ce matin et la nuit a été fraîche. Aujourd’hui, je décide d’aller voir comment se présente la plus grosse difficulté du trajet : une grosse colline, barrière quasiment infranchissable en été. Je pars donc avec le sac à dos et prévois de revenir coucher à la même place ce soir.
En fait, la piste suit presque exactement l’itinéraire que j’avais choisi cet été. À croire qu’il n’y en a pas 36. Quelques détours en plus pour éviter des petits dénivelés. Sur le trajet, je vais croiser beaucoup de lagopèdes, peu enclins à s’envoler. Le soleil rend paresseux ;)
Les premières pistes de loups apparaissent après le sommet. Un ou des loups sont passés effectivement repérer le sentier. Quelques passages en hors piste, mais la majeure partie des traces sont sur le sentier : empreintes, crottes et régulièrement des traces d’urines contre des petites épinettes qui bordent la piste.
Je rebrousse chemin alors que les collines du sud se font beaucoup plus proches. Un bon bout de marché. Au retour, je croise Claude qui se dirige vers le site de forage. Il m’indique que l’équipe de jour a suivi un loup sur deux km hier soir, alors qu’ils quittaient la zone. Le loup a couru au devant d’eux quelque temps, avant de s’écarter hors piste pour laisser passer les suiveurs, avant de reprendre la piste et se diriger vers le sud.
De retour au camp, je soupe bien avant l’heure du coucher et repart ensuite faire le tour de la zone : les lacs et leurs environs. Je trouve deux trous creusés à la surface d’un des lacs, avec des empreintes qui me font penser à une martre, mais je n’en suis pas sur. je la suis rejoindre un autre lac et perd sa trace ensuite.
La lumière de fin de journée est magnifique et le coucher de soleil est d’un bel orange. Malheureusement, je n’ai pas une très bonne position et n’obtient rien de bien sympa en photo.
Dimanche 14 mars
Après le déjeuner, je remballe le matériel et entame le trajet vers le site de forage. Il fait toujours aussi chaud, c’est assez incroyable pour la saison. Avec le sac sur le dos, le harnais du carrix et le soleil dans la face, je suis en sueur très vite et me sens « aplati » par la pression du soleil. Je manque d’eau, c’est ce qui m’occupe l’esprit.
Heureusement, Claude va repasser alors que je suis dans l’ascension difficile. Il m’a ramené un « sac à lunch » avec des barres de céréales et une bouteille d’eau ! Elle va être vite engloutie évidemment. Beaucoup de pause durant ce trajet, j’ai vraiment du mal à supporter la canicule.
À mi parcours, j’entends deux motoneiges approcher. C’est François et André, que j’avais croisé la semaine passée. On discute un peu et François me raconte une anecdote sympa sur les loups et leur piste : sur les derniers kilomètres, tous les « flags » (bandes rouges que l’on accroche en bordure de piste pour se repérer) ont été arrachées. Au début, François soupçonnait les foreurs mais les empreintes au sol ont rétablies la vérité assez vite : un loup est passé et a arraché tous les morceaux de bande qu’il a pu trouver sur son passage !
Plus tard, j’arrive au pied de la colline où se trouve le site de forage. Je décide d’installer le camp ici : je n’ai pas envie d’avoir le bruit de la machinerie en fond sonore, et je ne pense pas avoir de couvert intéressant en hauteur.
Lundi 15 mars
Il a fait chaud cette nuit, même si cela a gelé. Je pars rejoindre le site de forage et découvre comment cela fonctionne. Un camp de secours, en toile. Une civière d’évacuation, au cas où. Puis, il faut se déplacer un peu pour découvrir la foreuse. En effet, plusieurs endroits sont forés et la machine se déplace tous les 3-4 jours.
La foreuse me rappelle un peu les usines où j’ai travaillé plusieurs années : des vieux outils, de la graisse et du bruit. Les deux foreurs s’occupent de la machine et veillent à ce que tout se passe bien. Autour, une grosse pompe à eau, un chargeur avec des chenilles, qui sert à déplacer la foreuse et préparer les sites de forage. C’est tout.
je vais saluer les deux travailleurs avant de partir suivre les pistes de loups, nombreuses. Elles viennent de plusieurs directions et se concentrent autour des activités humaines. Les empreintes sont trop dégradées par la fonte pour savoir si c’est l’affaire d’un ou plusieurs loups. Je passe la matinée à faire le tour, en me donnant une petite pause pour me mettre des pansements aux talons. Le voyage m’a laissé des petites plaies, qui ne s’arrangent pas avec la marche.
En milieu de journée, la neige ne porte plus. Deux lacs se colorent dangereusement et je sais maintenant que ce n’est plus sécuritaire de les franchir. Je quitte alors les hors pistes pour rejoindre un point haut et profiter d’une belle vue.
Un mésangeai me tient compagnie alors que je remplis ce carnet, tandis que les foreurs continuent de forer. Un peu plus tard, Une motoneige approche dans ma direction. Claude a encore pensé à moi et me ramène cette fois 5 bouteilles d’eau. Il me rappelle un peu Pierre de Nouchimi : direct, simple et très aimable. On discute un peu au soleil, et il m’explique certains aspects de son travail. Puis il repart à ses activités.
Les nuages font leur apparition à l’horizon et le vent fort les emmène vers nous. La température s’en ressent tout de suite lorsque le soleil est caché. J’en profite alors pour quitter mon point haut et retourne vers la zone de forage par un autre endroit. D’autres pistes de loups, encore.
Alors que je m’apprêtais à squatter la zone pour un affût, le ciel se charge et s’obscurcit. Et bientôt, une pluie fine se met à tomber. Je n’en reviens pas… Après un moment, je décide de retourner au campement pour souper et me protéger un peu.
Après souper, les nuages sont passés et le ciel est redevenu bleu. Je vais alors retourner au site de forage, que je vais surveiller jusqu’à la nuit. Ca tombe bien, c’est la soirée où la foreuse va être déplacée. Claude s’active pour entretenir la machine et commencer le déplacement. François et André vont arriver peu de temps après pour donner un coup de main.
Une belle lumière de fin de journée, un beau ciel orange. Une fois le soleil couché, je retourne à mon camp, laissant les travailleurs à leur ouvrage.
Mardi 16 mars
Aujourd’hui, il a gelé dur. Les mains piquent lors de l’allumage du réchaud. Enfin une température de saison. Je me lève tôt et active le déjeuner car je veux avoir le plus de temps possible avec la croûte. La pluie fine d’hier arrange les choses : à terre, c’est du béton ou presque. Enfin, jusqu’à 10h environ, après, la fonte reprend, sous les coups du soleil en pleine forme.
Je pique vers l’est et les montagnes du sud. Je vais pouvoir faire un bon déplacement, entre lagopèdes et arbres gelés. On se croirait en automne et aux premiers gels. Je suis cependant bloqué avant l’ascension de l« everest » du coin : un lac me sépare d lui. Vu la température, je ne risque rien à cette heure ci. Mais il faut penser au retour et je n’ai vraiment pas confiance dans ces lacs qui se teintent de marron. C’est de la « sluch ». Ca ne signifie pas qu’il n’y a plus de glace, mais marcher sur un lac gelé et voir ses empreintes se remplir d’eau à mesure que l’on avance n’est vraiment pas rassurant. Et je tiens encore à la vie.
Le vent se lève et souffle fort. Le soleil, malgré sa force, ne peut l’empêcher de me refroidir dès que je m’arrête à découvert. Après la pause de mi-journée, je change de zone et traverse la zone de forage. La machine a été déplacée, non loin. Claude est occupé à préparer le spot suivant, déblayant la neige et préparant la piste. On va se croiser un peu plus tard, alors que j’ai eu la belle chance d’observer deux lagopèdes de très près.
Je continue ensuite vers le nord, parcourant une zone assez large. Non loin se trouve la petite colline que j’avais gravi l’été passé et qui m’avait pourri ma journée, tellement infranchissable…
Au retour, je m’arrête au camp et reprend le même principe que la veille : souper tôt,puis retour à la zone de forage. Juste au cas où il y aurait des loups curieux dans le coin ;)
Mercredi 17 mars
Je n’ai presque plus de nourriture, et il est temps de repartir. Je me lève de bonne heure, et le ciel est couvert. Une bonne nouvelle. Le retour est bien plus aisé. Un peu moins chargé, beaucoup moins assommé. à 12h, j’ai retrouvé les deux lacs et l’endroit où j’ai campé à l’aller. A noter que la piste a changé depuis l’aller. La neige est descendue et des troncs apparaissent au sol. Et aussi des carcasses. Je vais trouver deux restes de caribous, proche du sentier. De vieilles factures, il ne m’est pas possible de déterminer la cause du décès.
Alors que je fais une pause aux lacs, je me tâte pour continuer la route et rejoindre le camp de base dès aujourd’hui. Il reste beaucoup de temps et « seulement » 20km à parcourir. J’ai des douleurs aux pieds, de plus en plus de morceaux de peau à vif, mais bon. Je ne vais pas me tâter longtemps : François et André vont arriver à ma hauteur, et voyant que je suis en phase de rentrée au camp, me proposent un lift. J’accepte car ca va me raccourcir sérieusement la route et préserver mes arpions.
10km de motoneige, 10km de voiture : moins d’une heure après, je suis de retour au camp de base ! il y a des fois où j’ai le goût des moyens de déplacements motorisés !
Tranquillement, je vais couper mon bois, me changer et lancer l’ordi pour voir les news. Fin de la vadrouille.











Vos commentaires
# Le 21 mars 2010 à 22:10, par louvenoire_luuna En réponse à : Vadrouille du 12 au 17 mars 2010
Je suis sincèrement fascinée par ce que tu entreprends. Je lis avec beaucoup de joie tes notes sur ton aventure. Passionnée de loups, je souhaiterai aussi les admirer à l’état sauvage. Merci pour les bons moments que tu nous fais partager. J’arrive à la fin de mes études et j’espère pouvoir participer à leur retour en France. Je t’envie et j’espère que tu profites de chaque instant.
# Le 2 avril 2010 à 20:57, par Mickaël Brangeon En réponse à : Vadrouille du 12 au 17 mars 2010
Merci beaucoup :) oui, je suis conscient de la chance que j’ai et j’essaye d’en tirer un maximum :) j’aimerais être plus capable souvent, de faire mieux. mais rien que d’être présent et d’être témoin de tout ca, c’est énorme :)
Bon courage à toi en tout cas : suis tes rêves, écoute ton coeur. en tout cas, c’est la méthode que j’essaye de suivre moi même :)