Lundi 10 août
Lever de bon pied bon oeil, je commence par faire un petit tour sur la toile avant de déjeuner. Je passe ensuite la matinée à finaliser les dernières affaires en cours et préparer le sac. Pas grand chose à prendre finalement.
J’ai rechargé les batteries (photo, GPS) hier tout est ok. Je cherche la carte qui me manque pour relier le lac Corvette, et ne la trouve pas… En fait, c’est la seule carte qui me manque, j’enrage ! J’ai du la laisser à Nouchimi cet hiver lorsque je voulais tenter le coup. Pas très grave, j’ai la carte générale de la zone au 1/250 000 qui devra faire l’affaire. Bien moins précise bien sur, mais suffisante pour ne pas me perdre en route.
Vers midi, je décolle. Je n’embarque que les boîtes de sardines, le reste est dans le carrix laissé à mi-chemin. Le ciel est couvert mais il ne pleut pas, l’idéal pour marcher.
Pas de traces sur la route. La pause au moment de récupérer le carrix ne m’apporte rien évidemment et je repars ensuite, un peu plus chargé.
J’entame ensuite la piste d’hiver que je connais bien maintenant. Le but est de rejoindre les deux lacs qui en sont le terminus. J’aurais ainsi fait un bout de chemin et je n’aurais pas à entamer les provisions de la vadrouille à pied.
La végétation a bien poussé depuis la dernière fois où je suis passé, mais le thé est moins haut que l’été passé. Moins de pluie peut-être ? La partie n’est pas des plus simples cependant : une piste d’hiver n’est pas prévue pour l’été et elle n’est pas utilisée depuis un certain temps, hormis par les animaux (et moi). Comme il y a pas mal de dénivelés, cette partie me donne bien chaud ! C’est la première fois que j’emmène le carrix si loin dans le sud.
Au fil de l’avancée, je vais trouver six crottes fraîches d’ours. Et au vu de la taille des déjections, ce n’est pas un petit. La zone est favorable car les baies sont de sorties, dont les chicoutés. Je ne peux m’empêcher d’en ramasser lorsque j’en vois des belles grosses juteuses !
C’est vraiment une saison fantastique pour cela. Il n’y a qu’a se pencher, choisir les plus belles et se gaver. Cela redonne du peps pour continuer les marches, un vrai bonheur. Par contre, il y a un nombre incalculable de mouches noires dans la zone. Depuis l’été passé, je n’avais encore jamais vu autant de simulies que maintenant. Et elles ont faim…
J’arrive aux lacs finalement pas trop tard. Je me couvre un peu car j’ai beaucoup transpiré, puis monte le tarp non loin d’un des lacs. Je soupe ensuite tranquillement et finis la soirée à étudier les cartes et envisager les itinéraires possibles pour les jours à venir.
Mardi 11 août
Pas trop bien dormi cette nuit, j’ai trop cogité. Je suis témoin du lever du soleil, sous un ciel assez couvert. Le petit déjeuner est vite pris et je fais ensuite le tri : ce qui va rester dans le carrix et ce qui va dans mon sac. Le choix n’est pas si compliqué.
dans le sac :
sac de couchage
2 paires de chausettes
1 t-shirt
1 poncho
Nécessaire de cuisine (réchaud, casserole, cuillère, quart, allume-feu)
3 boîtes de beans
Sachet de couscous et pâtes (5 portions environ)
2 sachets de soupes aux nouilles
5 portions de gruau
5 boîtes de sardines
café, sucre
Je laisse dans le carrix le beurre de cacahuètes, 3 boîtes de sardines, le reste du gruau, un pull, une veste et une paire de chaussettes.
Départ ensuite. Je rejoins le gué qui me permet de passer les deux lacs. Je croise en passant une jolie araignée sur sa toile.
Ensuite, la partie va être difficile et peu agréable. Du brûlé, du thé du labrador et un bon dénivelé. Difficile de ne pas s’emmêler les pieds ! D’ailleurs, je vais me ramasser une fois et m’écorcher le nez au passage. L’avancée est très lente, laborieuse et fatigante. La montée jusqu’au sommet de la première grande colline va prendre du temps et demander de l’énergie. Je fais une pause méritée arrivé au sommet.
Cela va mieux aller ensuite. Toujours du brûlé mais moins enchevêtré et dans un environnement de tourbière. Cela me donne du même coup la possibilité de grappiller quelques baies au fil de la marche. Quelques belles pistes d’orignal m’accompagnent vers le sud, tandis que je longe le grand lac. Les ruisseaux présentés sur la carte ne me poseront pas de problème : une végétation un peu plus dense, mais peu d’eau. C’est assez marquant par rapport à l’été passé.
La matinée avance et le soleil arrive à son zénith. Toujours que du brûlé à perte de vue, c’est impressionnant. J’ai une assez belle vue du grand lac, qui semble offrir de belles plages de sable. Pas le temps de s’y arrêter pour ce coup ci ! Je vais faire la pause du midi au sommet d’une colline qui marque la limite sud du lac. Pas de belle vue, trop de végétation, mais le soleil tape fort maintenant et j’ai besoin d’une bonne pause.
Le temps du repos m’offre la présence de quelques oiseaux. Un bruant, un mésangeai et une autre espèce non identifiée volent d’arbre mort en arbre mort, sans se soucier trop de ma présence. Je profite du moment pour commencer le carnet et prendre le soleil.
J’arrive bientôt à la fin de cette carte. Je dormirais peut-être ce soir dans l’inconnu (façon de parler). D’ailleurs, en vérifiant mon itinéraire, je me rends compte que j’aurais pu éviter cette colline. Le passage est plus vers l’est et je vais devoir redescendre. Je recadre donc en repartant et c’est dans la descente que je vais réellement regretter l’ascension. J’ai droit à tout : brûlé et gros troncs à terre, du thé, une zone arbustive dense et un dénivelé abrupte et irrégulier… le problème principal est de savoir où je pose le pied après avoir enjambé les troncs morts. C’est facile de tomber dans un trou et de risquer une entorse ou de glisser et de se coincer une branche dans l’oeil.
En bas, après avoir longé le lac en contrebas, je suis en eau et usé. On ne dirait pas que j’ai fait une pause peu avant… Je refais le plein d’eau et continue sud-est. Il y a deux grands lacs tout en longueur qu’il faut passer pour atteindre l’autre bord. Bien sur, pour arriver aux deux lacs, il a quelques collines et pas mal de pas.
Je vais avancer moins vite que je n’aurais penser. J’ai tout de même des jolies vues, en haut des collines, qui agrémentent mon labeur. Mais principalement, du brûlé, du brûlé et du brûlé…
Arrivé au premier des grands lacs à contourner, je perturbe une buse à queue rousse (il me semble), qui survole la zone en poussant des cris stridents quasiment en permanence (peut-être un nid proche ?). Un peu plus loin et toujours sur le même lac, j’ai mon « voyage » comme on dit ici et je décide de poser le camp. Je remets à demain la découverte de la nouvelle zone.
Je monte le tarp non loin de la rive, me fait à souper puis profite de la soirée au bord de l’eau, essayant de ne pas trop penser aux mouches qui ’assaillent en permanence. Selon les prévisions, demain il va pleuvoir.
Mercredi 12 août
Lever très tôt ce matin. Des nuages dans le ciel mais rien de très menaçant. Je déjeune puis remballe le tout, avant de repartir.
Un peu mal dans les guiboles, je ressens les efforts de la veille. Passé le gué du premier lac, je vire plein sud : ce sera ma ligne de conduite jusqu’à destination. Normalement, cet itinéraire ne m’emmène vers aucun obstacle infranchissable.
Je passe par une grosse tourbière, presque asséchée, plusieurs ruisseaux et collines, le tout dans un environnement couvert de thé du labrador et de brûlé. Je sens que je vais plus vouloir en voir pendant un certain temps !
Plus vers le sud, j’arrive à la difficulté majeure : une série de grands lacs très rapprochés. Difficile de savoir où l’un commence et où l’autre finit. Je me faufile un peu au feeling et trouve un passage assez facilement. Je suis chanceux sur ce coup car je me voyais contraint de faire déjà un gros détour.
Un instant de bonheur ensuite : le brûlé prend fin ! Enfin des arbres vivants, de la mousse et du lichen. La masse des lacs semble avoir stoppé cet immense incendie, du moins dans cette zone. Quelques belles pistes vont dans ma direction et je les suis d’un bon pas.
Cependant, la zone de brûlé va reprendre assez vite, même si elle est moins casse-pattes. J’arrive dans un secteur très vallonné et toujours parsemé de nombreux lacs. Comme c’est très encaissé, je les découvre au fil des ascensions de collines. Lorsque je trouve un passage, je prends le point GPS. Cela m’évitera bien des détours pour le retour.
D’ailleurs, en parlant de GPS, il m’annonce maintenant une bonne nouvelle : je visualise maintenant une énorme masse bleue sur l’écran : le lac Corvette ! Je suis à moins de 5km. Mais je n’ai aucune idée du temps que je vais mettre pour les parcourir. La carte ne m’annonce plus de lacs maintenant, mais je ne peux m’y fier évidemment.
Pas de pluie pour le moment en tout cas. Il y a eu des passages nuageux dans la matinée, mais le ciel bleu a repris le dessus assez vite. Il n’est pas trop tard encore. C’est calme, le vent souffle et me rafraîchit. J’ai la sensation de parcourir un territoire vierge de tout passage humain : cela fait un moment que je n’ai pas vu leurs traces.
Au final, je vais mettre tout le reste de la journée pour rejoindre le Corvette. Toujours une avancée pénible et d’innombrables lacs, toujours mal orientés. Je vais vers le sud et ils sont tous en longueur, sens est-ouest. Comme je n’ai pas de visuel, je ne peux anticiper et arrive bien souvent dans leur milieu. Je dois donc les contourner (et choisir un coté de contournement), avant de reprendre ma direction initiale. La ligne droite n’existe pas en ce lieu.
Une bonne montée pénible encore et je me retrouve sur un plateau interminable. A dernière ligne droite je pense. Effectivement, au bout de celui-ci, je vois apparaître pour la première fois le Corvette. Il est encore loin, mais il est en ligne de vue ! La dernière partie va être dure physiquement. Beaucoup de collines, impossibles à éviter. Je me croirais sur les montagnes russes !
J’ai besoin de sucre pour continuer. Heureusement, les bleuêts sont là pour me donner cette énergie qui commence sérieusement à me manquer. Un dernier ruisseau, celui la difficile à franchir. Le thé qui ne veut pas que j’en finisse avec lui… Je pensais en avoir fini car j’avais une ligne d’arbres vivants en vue, mais ce n’étais qu’une fine barrière.
Je me rapproche, lentement. Il n’y a rien ni personne qui m’empêchera d’atteindre ce lac avant la fin du jour de toute façon. Les abords du lac sont très humides, donc du sol mou, et du thé jusqu’aux cuisses. Heureusement, un orignal a fait ses quartiers dans la zone et je suis ses traces en le remerciant intérieurement.
Enfin j’y suis. Il y a une plage et je tombe sur une petite crique, là où je souhaitais arriver. La plage est caillouteuse, mais une fine bande de sable fait le lien entre le lac et le thé. Je me libère de mon sac, m’adosse à un rocher et respire. Je suis épuisé. Je vais ensuite chercher un coin pour installer le camp et récupère un peu de bois mort. Je n’ai pas faim, trop fatigué. Je me contenterais d’une soupe pour ce soir.
En allant chercher de l’eau et en longeant un peu le lac, je tombe sur une piste de loup, et d’un petit ours. Les deux ont longé le lac, sur le sable. Cela doit faire quelques jours déjà car les empreintes sont usées. Mais cela signifie concrètement que Canis lupus fréquente les lieux.
Pendant le souper, quatre oiseaux pécheurs vont batifoler et pêcher au dessus de la crique. Ils survolent l’eau à bonne hauteur puis, lorsqu’ils repèrent quelque chose, font un peu de stationnaire avant de piquer et de plonger dans l’eau. Ils ressortent vite, à vide ou avec un trésor.
Un Chevalier se met ensuite à chouiner, pas loin de moi. Un coup de tonnerre gronde. Quelques gouttes de pluie viennent me rafraîchir alors que je mange lentement ma soupe. Je vais ensuite rejoindre le tarp, d’un pas lent et trainant. Mes yeux se ferment d’eux mêmes. Je tombe dans un profond sommeil.
Jeudi 13 août
J’ouvre les yeux alors que le soleil est bas sur le lac. Je reste couché. Aujourd’hui, c’est une journée de repos au bord du lac. Aujourd’hui, je vais avoir la réponse à ce besoin de venir sur le Corvette.
Il fait gris mais il ne pleut pas. Je déjeune, alors que les oiseaux pécheurs continuent leur vol et leurs acrobaties. Ensuite, je vais me baigner. L’eau est claire et le fond de la crique est sablonneux. J’avance loin, sans jamais avoir plus d’eau qu’au dessus du bassin.
Plus j’avance, le vent dans le dos, et plus je me sens « revivre ». Je vais rester un bon moment à jouer dans le lac, à profiter du moment. Je ressentais des courbatures au réveil mais l’eau du lac me les retire à mesure que je m’y abandonne. Les pêcheurs volètent autour de moi et continuent leur labeur. Ils ont un certain succès et j’en vois ressortir avec des petits poissons dans le bec. Ils les avalent d’un coup lorsqu’ils reprennent de l’altitude, avant de rechercher de nouveau.
Je reviens ensuite sur le bord. Le vent de face me sèche vite. Je me fais ensuite un peu de lessive. Pour une fois, les moustiques semblent vouloir me laisser en paix.
C’est la première journée que je peux passer en slip et pieds nus ! Cela paraît anodin, mais cela fait un bien fou. Au niveau activités ? A part le tour de la crique par la plage et les roches, rien d’autre. Une trace d’orignal, quelques fleurs observées.
Plus tard, un oiseau pêcheur retente sa chance en solitaire et je m’essaye à quelques photos. Ce n’est pas simple car il reste à bonne distance et il agit vite. Ma première batterie photo tombe à plat. J’ai bien fait de recharger et emmener l’autre.
Petite cueillette de bois ensuite en prévision du souper et du déjeuner du lendemain matin. Je me tâte pour rester une journée de plus, mais il vaut mieux que je prévois de la marge pour remonter. J’ai annoncé une vadrouille de 6 à 8 jours et demain sera déjà le 4e. Je ne tiens pas à déborder trop, cela pourrait causer des inquiétudes.
Vendredi 14 août
Je suis réveillé juste avant l’apparition du soleil sur le lac. Une petite brume couvre la surface du Corvette et un ciel sans nuages s’offre à moi. Je profite du moment. Je déjeune ensuite. J’ai calculé juste pour le sucre, je risque d’en manquer avant la fin. Je remballe ensuite le matériel, tandis qu’un chevalier vocalise sur une roche.
J’entame ensuite le retour. Un dernier salut, un dernier regard sur le Corvette. On se reverra. Je choisis un autre itinéraire pour le retour. J’évite le plateau interminable pour faire un tour de montagnes russes à la place. Moins de thé, plus agréable à marcher mais non moins fatiguant. Une flopée de petits lacs à contourner également, ce qui ne me fait pas gagner de temps au final.
Je fais une pause près d’un lac lorsque cela devient moins chaotique. Là, il a un truc de rigolo qui se passe. Moi, quand je fais une pause, je me débarrasse littéralement de mon sac : je détache la ceinture ventrale et d’un coup d’épaule, flop le sac s’écrase à terre. Rien de fragile la dedans et ca me fais un bien fou !
Donc, après avoir fait ce rituel, je m’assois contre le sac et jette un regard aux alentours. Du coin de l’oeil, une masse sombre immobile, parmi le champ d’arbres morts. J’ai cette pensée : « tiens, rigolote cette souche, on croirait presque que c’est un ours ». Je passe à autre chose, puis mon regard revient un peu plus tard sur cette masse, qui se met évidemment à bouger… c’était bien un ours !
Il a du se figer lors de l’échappage du sac à dos (loin d’être silencieux) et m’observait, immobile. Là, il s’éloigne un peu mais reste curieux et se retourne souvent pour m’observer. Il est jeune. Il continue ensuite à faire le tour du lac, d’un pas tranquille. Il s’arrête souvent pour cueillir des bleuets je pense. Lorsqu’il se trouve juste en face de ma position (de l’autre coté du lac), il est bien campé sur ses pattes et m’observe sans retenue durant un bon moment. Il repart ensuite, reprenant sa cueillette.
Je le laisse s’éloigner avant de poursuivre ma route. Il fait super chaud aujourd’hui et il n’ y a pas un pet de vent. Cependant, la marche est moins pénible qu’à l’aller. Je visite d’autres endroits mais garde en repère les points GPS pris quelques jours avant. Bientôt, ce sera la série des grands lacs et j’aimerais éviter de me perdre dans leur labyrinthe.
La pause de midi est courte. Le soleil est couvert par une série de nuages et c’est une bonne raison pour reprendre un peu la marche. Ce qu’il y a à manger est vite mangé : sardines et quelques bleuêts.
Finalement, les points GPS ne vont me servir que de points de repères, je ne vais jamais les rejoindre. Je tente ma chance à l’ouest des lacs, au lieu de passer dans leur milieu comme à l’aller. C’est quitte ou double : soit je trouve un passage et je connaîtrais un itinéraire plus direct, soit je suis forcé à faire un méchant détour. Au fil de la marche, je dois contourner encore de nombreux lacs, mais je le fais dans le bons sens apparemment car je ne suis jamais bloqué. C’est également plus agréable par ici, le thé est un peu moins haut et moins dense, sauf dans certaines zones ponctuelles.
Et, lors d’une vérification GPS, j’ai la bonne surprise de voir que je suis tout près de la limite de la carte et du point GPS qui me l’indique. Le pari était risqué mais il a été payant : bientôt, je vais y voir plus clair. J’ai en plus une hauteur au sud du grand lac qui me sert de boussole maintenant : elle est franc nord.
Je retrouve peu après des endroits familiers (et quelques chicoutés au passage). Continuant encore sur le nord, je retrouve à ma gauche le lac où j’ai campé mardi soir. Je me pose un bon coup, il n’est pas tard et j’ai fait un bon bout de chemin.
Sur la crête d’en face, je distingue une forme sombre. Là, je ne me fais pas avoir et je ne la quitte pas des yeux. C’est bien un ours. De belle taille. Je le regarde évoluer, il ne ’a pas vu (on est très loin l’un de l’autre). Il fait sa cueillette, va et vient dans une zone restreinte : il quadrille ! Puis s’en va d’un pas assez rapide vers l’est.
Pour ma part, je décide de continuer nord et d’avancer un peu sur la journée de demain. Les jambes vont bien, juste un échauffement au pied droit qui me décide tout de même à ne pas forcer. Je vais m’arrêter à un joli petit lac, 2km plus loin environ. J’y trouve un coin sympa pour poser le tarp, une surface sablonneuse pour le réchaud et une jolie vue : parfait !
Il va tomber quelques gouttes alors que je prépare le souper, juste pour dire. J’ai en plus le droit à un superbe arc-en-ciel sur le lac, complet (pas de photos, désolé, le nikon est resté sous le tarp). Petit bain de pied ensuite, l’échauffement n’est pas méchant. Fin de soirée tranquille ensuite sur le bord du lac.
J’étais en train de finir de rédiger cette journée sur le carnet, mais je me décide à le rouvrir car un moment magique va s’offrir à moi, et je vais même aller chercher l’appareil. Une lumière de fin de journée assez incroyable, et une eau calme et tranquille comme un miroir. Sérieusement, je ne pense pas que cela va rendre sur les photos, mais en me tenant debout sur le rebord du lac, j’ai eu une sensation de vertige. Je n’étais plus sur le bord d’un lac, mais haut dans le ciel, au dessus des nuages. Une impression assez incroyable. Vous manquez quelque chose, je vous jure. La prochaine fois, j’essaye d’emmener le grand angle.
Samedi 15 août
Il a plu un peu cette nuit et le ciel reste menaçant au petit matin. Déjeuner sur le bord du lac. Il me reste juste de quoi faire un autre déjeuner demain, juste au cas où un ours aurait trouvé le carrix.
La dernière journée de marche consiste à contourner le grand lac. Par le sud d’abord, puis par l’ouest. Il y a du vent et des nuages, je supporte bien une seconde couche. C’est plus agréable pour marcher, mais ce n’est pas le top pour prendre des photos. Bon, de toute façon, le paysage n’est pas grandiose : du brûlé. Quelques lacs mais aucun avec une vue dégagée. Je prends mon temps.
Normalement, le trajet va être plus court qu’à l’aller car j’ai une ascension difficile en moins. Je passe néanmoins pas mal de temps pour franchir 2 ruisseaux assez larges : je dois trouver un passage. Je remonte ensuite l’ouest du lac. J’ai changé d’itinéraire et c’est plus vallonné qu’à l’aller.
Les chicoutés sont maintenant passés de date dans cette zone, dommage. Je me rattrapes sur les bleuêts ;) En fait, je tente de trouver une méthode visuelle pour dégoter les meilleures du premier coup. Il me faut donc un grand nombre de tests pour obtenir une statistique fiable !
Le soleil et le ciel bleu sont de retour dans le milieu de la matinée. Ça cogne tout de suite très fort. J’arrive au nord du lac et au premier point GPS de la vadrouille à l’heure du diner et du gros cagnard. Il me reste moins de 3km pour rejoindre le camp carrix, mais ce sont les plus rudes. J’ai hâte maintenant de voir le bout, mais ne suis pas pressé d’être confronté à l’épreuve.
Après 1h de pause, je pars affronter la dernière étape. Elle comporte plusieurs difficultés :
1 descente en terrain difficile (thé, enchevêtrement de brûlés et zone arbustive dense)
2 traversées de ruisseaux. La difficulté étant une forte densité de la végétation, mêlée à des troncs à terre et des trous d’eau épars.
1 montée en terrain difficile
Cela va me prendre plus de 2h pour parcourir au final moins de 2km (les difficultés). Et encore, j’ai réussi à limiter la casse sur une portion de terrain. Rude moyenne.
J’arrive enfin sur les bords du lac où j’ai laissé le carrix. Deux belles rencontres : un jaseur d’Amérique qui joue son pic sur un arbre et deux goélands juvéniles, que je n’avais encore jamais vu (merci à Glaurung pour les identifications).
Par contre, en m’approchant de l’arrivée, je ne remarque pas la tâche bleue du carrix, à l’endroit où je l’avais laissé. Et bien sur, la mauvaise surprise se confirme. Le carrix est bien là, indemne. Mais le sac qui va avec a disparu. Je vais chercher aux alentours, scruter au loin (un sac bleu dans la taïga, ça se repère bien) mais rien ! Pas de déchets, pas de traces, le sac s’est volatilisé ! Y’a un ours qui semble l’avoir embarqué pour faire sa randonnée…
Le plus gênant dans tout ca, c’est que j’avais mis le harnais du carrix dans le sac, ainsi qu’un veste sympa. Et il y a des déchets qui trainent quelque part. Je ne suis pas motivé pour faire la chasse au sac bleu aujourd’hui. Il n’est pas tard, mais quadriller une zone demande du temps et de la concentration et je ne sais même pas par quel coin commencer. Il peut être n’importe où. Il faudra donc que je revienne ici pour 1 jour ou 2, de préférence après la saison des bleuêts.
Je laisse donc le carrix sur place (inutile sans son harnais) et continue sur le sentier. Je compte m’arrêter au lac à marée basse, situé à environ 3km. Un endroit bien plus sympa pour passer la nuit et je serais plus proche du retour.
Y’a pas à dire : une piste balisée (surtout par les ours d’ailleurs) est bien plus facile à marcher. Je fais le trajet d’un bon pas et me retrouve au lac rapidement. Sur celui-ci, superbement éclairé par le soleil d’après-midi, je surprends une bernache du canada, qui patauge paisiblement sur le lac. Elle va s’éloigner alors que je me rapproche.
Je monte le tarp vite fait, sur un sol de lichen et me fais à souper sur le bord du lac. Heureusement que j’avais prévu un peu le coup quand même !
Fin de journée tranquille, je fais une partie du tour du lac, qui reste un des endroit les plus sympa visité jusque là.
Dimanche 16 août
Décidément, je me lève tôt depuis quelque temps. Après le déjeuner et un décrassage rapide, je remballe le tout et repart. Je ne vais finalement pas suivre le sentier. Je coupe plein nord et m’offre du hors piste, dans un environnement de mousse de caribou.
Je rejoins la route quelques temps après, cela me fait tout bizarre. Tout de suite, je repère une belle piste lupine, qui va dans le sens de ma marche. Au moins un adulte et des petits. Ils vont longer la route sur 4km, se rapprochant de la zone que j’espérais qu’ils occupent. J’ai un espoir soudain et je vais m’arrêter à l’endroit pour guetter un peu. Je ne verrais néanmoins ni traces, ni rencontre.
Je repars un peu plus tard et arrive au camp, fatigué. Rien n’a été touché, c’est une très bonne surprise : ni au tipi, ni au couchage. Je m’arrête au tipi pour diner et vais ensuite retourner dans un mode civilisé. Fin de la vadrouille.


























