Évolution des relations entre les loups et Mickaël

Article initialement écrit par Sophie Gonneau en 2004

Afin de connaître les comportements naturels des loups, Mickaël doit réussir à pouvoir les observer de suffisamment près sans toute fois les perturber dans leurs activités. Il doit donc parvenir à se faire accepter d’eux. Après de nombreux mois passés en leur compagnie ou sur leurs traces, on peut au fil des comptes rendus de Mickaël, apprécier la confiance qui s’instaure tranquillement entre ce dernier et les loups.
rencontre avant regroupement

Un bel exemple de l’évolution de leurs rapports pourrait nous être donné par ce passage : Le Mardi 21 Septembre 2004 « A 200 mètres à peine, un magnifique loup à fourrure épaisse, attire mon attention en se signalant par son mouvement, mais il disparaît trop vite pour que j’aie eu le temps d’ajuster manuellement mon matériel ». Puis le lendemain, Mercredi 22 Septembre déjà les rapports ne sont plus les mêmes : « Une pause au même endroit qu’hier pour renifler, tout en me sachant là….puis tranquillement il poursuit sa prospection et s’enfonce dans le bois qui me le dissimule rapidement. Vingt minutes plus tard, il réapparaît sur ma gauche progressant d’un bon pas. Peut être surpris de me trouver encore là, alors qu’il souhaitait enfin pouvoir venir y inspecter ». Même si ce jour là il restera encore un peu timide « il se ravise définitivement : faisant demi tour, (..), s’en retourne plus au sud trouver la tranquillité dans des fourrés denses ». il n’est plus question de fuite ! »

Si les loups peuvent laisser approcher Mickaël, « Depuis un bon moment Jappeur m’avait repéré avant que je ne le remarque à mon tour. Sans bouger il me laisse progresser le long de la butte à 600 mètres de la décharge et m’installer pour tenter de prendre des photos » (Mercredi 22 Septembre 2004), ils n’hésitent pas non plus à l’approcher : : « A 10 mètres juste derrière moi est venu et reparti un loup sans que je ne l’entende ni ne le voie ! » (Jeudi 26 février 2004), ou le Mardi 30 Mars 2004 « car derrière moi…un loup….progressant vers moi ! ou encore le Vendredi 8 Octobre « un individu de bonne taille jaillit à 30 mètres de moi. C’est son manque de discrétion qui me l’a fait repérer ».

jappeur

Dans la plus part des cas, les loups, que ce soit Jappeur ou un autre individu, se laissent observer tranquillement vaquant à leurs activités, jetant seulement quelques regards de temps à autre sur Mickaël et ce même s’il « surprend » l’animal : Jeudi 7 Octobre « En escaladant une butte pour sortir de la décharge, je tombe presque nez à nez avec un gros loup (certainement le même que ce matin) à 30 mètres de moi, à l’orée du bois. Bien que m’ayant repéré il continue ses activités de prospection, le nez au sol. »

La tranquillité est telle que les loups n’hésitent pas à s’octroyer des pauses sous le regard de Mickaël : : « Une heure après je suis gratifié de la venue de Jappeur qui à 600 mètres de moi vaque à ses occupations, en toute tranquillité, s’accordant même le luxe de se coucher dans un rayon de soleil ». Parfois la confrontation en serait presque insolente et imposée à Mickaël : Vendredi 19 Novembre 2004 « Je rencontre dans la zone du vieux dépotoir le loup dont j’ai ce matin relevé les empreintes datant de la nuit tout au plus. Bien que m’ayant vu il continue à vaquer à ses occupations, fixant seulement sur moi par instant son regard étrangement fixe. Des Faces à faces distants de 500 mètres et qui parfois durent jusqu’à 5 minutes…..Sans inquiétude, mais décidé, il mettra fin à ces confrontations amicales et interrogatives, (sans doute assez renseigné à mon sujet), en rejoignant d’un pas rapide la clairière qui avoisine de la décharge ».

Observé

Enfin comment ne pas partager la contemplation admirative de Mickaël devant le spectacle que lui offre la sérénité de ces loups s’adonnant à leurs activités : :« Mes espoirs ne tardent pas à être satisfaits : vingt minutes d’attente à peine et un loup clair sur une butte, 100 mètre sur ma droite, me fixe, avant d’entamer sa descente ; en bas il refait une pause (…). Traversant la zone semi boisée, il disparaît à plusieurs reprises de ma vue et je ne peux le suivre correctement. Il s’arrête de nouveau après 30 mètres pour me regarder quelques secondes encore puis s’en va se cacher dans un bosquet d’arbres dans lequel il demeurera encore une quinzaine de secondes pour continuer à m’observer ; satisfait, rassuré….il reprend sa route tranquillement tandis que je le perds dans le boisé dans lequel il s’enfonce. Je retiens un appel pendant une demi heure puis me lance…mais ma plainte reste résonne tristement seule avec elle-même…. ».

Et comment ne pas voir non plus en cette tentative d’approche directe volontaire de Mickaël, un présage optimiste à la réussite de son projet d’acceptation : « Quinze minutes avant le coucher du soleil, j’aperçois Jappeur qui se dirige vers une clairière proche, marquant un arrêt en haut d’une butte, l’attention visiblement attirée par quelque curiosité. Après l’avoir perdu de vue, je le retrouve dans la clairière intéressée par les odeurs d’une piste qu’il suit. Il ne m’a pas repéré. Son déplacement lent me donne l’espoir de pouvoir gagner la clairière et de le recroiser. Effectivement je le retrouve entrain de marauder et doucement parviens alors à m’approcher à 200 mètres de lui sans qu’il ne me remarque. (…°) Décidé à ne pas changer de direction ma trajectoire je continue donc doucement à m’approcher de Jappeur, histoire de tester sa réaction… Lorsqu’il me repère enfin, il stoppe son activité d’exploration et sans manifester d’empressement regagne le bois situé non loin de là, en se retournant quelque fois pour me regarder. » (Dimanche 10 Octobre 2004).

Bien d’autres preuves que les loups ne sont pas particulièrement craintifs à l’égard de Mickaël nous sont données les Samedi 21 Février, Dimanche 22 FévrierVendredi 27 Février, Lundi 5 avril, Mercredi 5 Mai, Lundi 7 juin, Jeudi 26 février 2004, quand les loups s’approchent très près de son camp, il s’exclamera même : « A mon retour de prospection, je trouve une piste de loup qui passe 50 mètres derrière mon camp ! C’est rare de voir une telle approche…. ».

Mais ce n’est rien à coté de l’honneur que lui font ces deux loups en cette nuit du Jeudi 7 Octobre 2004 : « Bien que mon appel le soir soit resté sans réponse, au milieu de la nuit, je suis réveillé par deux loups qui entrent en rapport l’un l’autre ; un des deux semble franchement dominer l’affrontement amical, l’autre poussant occasionnellement des gémissements.Un peu plus tard le loup dominant reviendra faire le tour de mon camp s’approchant si près que je perçois son souffle entrecoupé d’halètements. Sa fourrure doit être déjà trop épaisse pour ces derniers instants de répit climatique…avant que ne s’impose pour de nombreux mois la rigueur hivernale. Ses déplacements feutrés et denses semblent indiquer un individu de très bonne taille. Il se couche non loin et y reste un bon moment poussant à intervalle régulier de légers grognements comme le font les chiens qui se laissent aller en toute confiance dans le sommeil profond. Je ressens une vive émotion à surprendre ainsi dans son intimité ce prédateur et à la partager avec lui. Peut être aussi parce que je prends conscience qu’un loup n’est pas toujours un animal qu’on ne voit pas et surtout qu’on n’entend pas….la vérité dépouillée de son mythe n’en est que plus belle ! »

Il vient aux informations

La proximité entre Mickaël et les loups est telle qu’il en arrive de plus en plus à se demander s’il est encore chez lui ! Quand les uns s’approprient ses coupes de bois en les gratifiant de leur urine (Jeudi 1 avril 2004), les autres viennent se frotter contre sa tente « un loup est venu faire le tour de mon camp et a poussé l’approche jusqu’au contact en se frottant aux parois de mon abri. Satisfait, peut-être par sa nouvelle appropriation (…) il a ensuite continué sa progression vers les marécages du sud » (Dimanche 28 Novembre).

Les loups s’habituent donc bien et tranquillement à la présence de Mickaël : ceci sert favorablement son projet de se faire accepter par une meute afin de pouvoir l’observer le plus précisément et normalement possible dans son milieu naturel.

Un loup passe sur les frontières du dépotoir

Les approches que Mickaël fait sont à la fois discrètes et présentes, jamais agressives et dérangeantes. De toute façon les loups auraient vite fait de le remettre en place… Il n’y a qu’à voir la manière dont a réagi ce loup lorsque bien involontairement Mickaël avait revêtu un blouson « bizarre »

« Ce matin tôt je pars en direction du dépotoir et à peine 200 mètres plus loin je croise le loup de la veille, qui à 50 mètres se dirige vers le bois. Pourtant sans raison apparente, il s’enfuit et rejoint rapidement une zone de fourrés. Je reprends ma route et en atteignant une butte à proximité de la décharge, je remets à nouveau en fuite ce même loup qui ne prend que quelques secondes pour se retourner sur moi avant de disparaître. Ce comportement de frayeur excessive me surprend par comparaison avec celui de la veille. Serait ce dû à mon nouveau manteau dont la matière fait du bruit au moindre de mes mouvements ? Au même endroit mais une demi heure plus tard alors que je suis pourtant camouflé dans les arbres préparant mon matériel de photo, je déclenche une fuite chez ce même loup qui était revenu » (Le lundi 18 Octobre 2004). Les loups sont donc extrêmement sensibles et craintifs par nature (et surtout à l’égard des hommes qui les ont persécutés) :

Pourtant Mickaël, avec patience et douceur, arrive à entretenir avec eux de plus en plus de rapports privilégiés. Une telle conduite d’observations sur le terrain avec de tels objectifs exige de l’assiduité, de la rigueur, de la persévérance, du courage et de la patience.

Rares furent les études de terrain qui ont été capables de se fixer de tels objectifs. A. Murie en fut l’initiateur, L.D Mech poursuivit brillamment… pour ne citer que quelques uns des trop peu nombreux vrais spécialistes du loup, qui leur ont consacré leur existence… en ayant eu le courage de suivre la folie de leur noble projet ; leur mérite est d’avoir su s’y tenir malgré les difficultés et leur exemple doit servir de guide ou de référence.

Article initialement écrit par Sophie Gonneau en 2004

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