La dispersion chez le loup

Article initialement écrit par Sophie Gonneau en 2004

La dispersion est un déplacement particulier effectué à des périodes précises par des loups matures en fonction de leurs conditions psychologiques et physiologiques. Ces mouvements sont destinés à satisfaire les besoins vitaux d’un individu que la meute ne lui permet pas ou plus. Ces besoins sont surtout de l’ordre de la reproduction et de l’alimentation.

Quand se fait la dispersion

Il existe des périodes au cours de l’année selon lesquelles certains individus seront plus disposés à quitter la meute. Cela dépend des conditions sociales et environnementales, et des états psychologiques et physiologiques des individus sur le moment. Trois périodes peuvent être remarquées :

  • Entre Janvier et mars, (période de la reproduction), ce seront surtout les individus matures souhaitant avoir accès à la reproduction qui quitteront le groupe. Ils ont en moyenne 28 mois pour les femelles et 30 pour les mâles.
  • Au moment de la naissance des louveteaux , ce sont les jeunes de l’année précédente qui pourront être incités à disperser sous la pression des nouveaux arrivants.
  • Au début de l’automne, quand les ressources alimentaires deviennent limitées et réservées en priorité aux dominants et aux jeunes de l’année, alors les loups matures qui jusqu’à présent été restés dans la meute trouvant satisfaction, notamment alimentaires, prennent la décision de partir. Généralement ce sont des individus assez avancés en âge (entre 3 et 5 ans).

Quand nomadisation et dispersion s’entremêlent

Un individu qui est enclin à disperser peut profiter de la nomadisation de la meute pour accroître ses distances de prospection et ainsi petit à petit s’en détacher. La nomadisation est la période au cours de laquelle la meute, désormais moins tenue à des endroits spécifiques (tanière et sites de rendez vous auxquels l’éducation des jeunes l’avait contrainte), se déplace à la recherche de nouveaux sites de chasse. Ceci l’amène à, soit étendre son territoire, soit carrément en changer.

Exploration

L’observation de Mickaël d’une nouvelle double piste dans le secteur du camp n°1, le dimanche 10 Octobre 2004, « En route vers le camp n°1, deux nouvelles pistes m’accompagneront sur deux bons kilomètres. C’est la première fois depuis le mois de mars que ce secteur est parcouru par plus d’un loup » donne vraiment à penser que la meute formée en mars de cette année, a certainement repris ses déplacements. Ceci est d’ailleurs confirmé par le fait que Mickaël observe depuis le lundi 11 Octobre 2004 des loups adultes souvent connus (Jappeur entre autre) accompagnés de jeunes loups au pelage brun noir (le dimanche 17 Octobre 2004 et le jeudi 21 Octobre 2004) ; mais aussi ces derniers seuls (Le lundi 18 Octobre 2004, le samedi 27 Novembre 2004). Il semblerait que l’on assiste aux déplacements de la meute incluant au moins les deux adultes reproducteurs et ses jeunes de l’année (dont le pelage est brun noir) ; et que ces derniers accompagnent leurs parents mais aussi prospectent de plus en plus seuls. Cependant ces jeunes loups ne sont pas en âge de quitter encore le couple parental.

Un jeune loup en mue

De plus Mickaël a la surprise de constater que la zone Nord de la décharge jusque là peu fréquentée, devient un lieu de prospection de plus en plus prisé, pour la meute certainement et pour d’autres loups étrangers incontestablement puisque le dimanche 21 Novembre 2004, il note « Toujours ce même loup en maraude dans le secteur ; cependant il semble préférer le coté Nord de la décharge, lequel est normalement moins visité…. » et le lundi 22 Novembre 2004 « Je trouve ce matin encore des traces fraîches au Nord du dépotoir, certaines passant même à seulement 20 mètres de mon camp, s’enfoncent ensuite dans le bois poussant jusqu’à la zone marécageuse située au sud et que j’envisage de fréquenter très prochainement ». Est-ce la meute qui change son territoire ou l’étend de manière à y inclure de nouvelles disponibilités alimentaires, ou bien ces nouvelles fréquentations sont le fait de l’arrivée de loups qui auraient dispersé jusqu’ici  ? En tout cas le doute est permis quand le samedi 27 Novembre 2004, Mickaël rapporte « Je croise un loup brun noir (Un jeune de la meute ?)dans la zone Nord du dépotoir qui est régulièrement fréquentée depuis une semaine maintenant » et que depuis le début du mois d’octobre (Le mercredi 6 octobre et le jeudi 7 octobre 2004) Mickaël ne cesse de rencontrer de nouveaux loups dont ce bel individu qui l’éclaire de son passage prompt. « (…) une visite éclair me sera faîte par un beau loup gris et marron qui sorti à découvert à 500 mètres de moi… » (jeudi 7 Octobre 2004)

Quelques précisions sur la dispersion

On a vu que les loups pouvaient disperser au cours de périodes différentes dans l’année. Mais ces dispersions peuvent aussi aboutir différemment en fonction des individus. Tandis que certains ne reviendront jamais, s’arrêtant une fois avoir trouvé de quoi satisfaire leurs besoins écologiques et biologiques, d’autres font de formidables voyages qui les ramènent à leur point de départ ; ils peuvent alors, soit réintégrer leur groupe, soit s’installer non loin. (d’après notamment une étude de S.B Merill et L.D. Mech (2000), qui ont suivi quatre loups équipés de colliers émetteurs GPS) ; par ailleurs Mech et Frenzel, 1971 ; Fritts et Mech, 1981 ; Fritts 1983, Messier 1985, Mech 1987 rapportent des cas de loups gris ayant pu ainsi parcourir 800 km aller-retour !

Une étude récente de D.L. Mech et S.B. Merill (2003) révèle également que le loup qui s’apprête à disperser change son rythme circadien. Il tend à prendre de moins en moins part aux activités du groupe, à pousser plus loin ses prospections et surtout à augmenter ses activités le jour. Une hypothèse étant avancée comme quoi les déplacements de jour permettraient au loup qui disperse de mieux recueillir l’ensemble des informations géographiques des environs qu’il traverse lui permettant ainsi dans le cas où il reviendrait de reprendre le chemin en sens inverse, comme cela est fréquemment constaté (L.D Mech).

Sur la route

Par ailleurs la dispersion est une période critique où la probabilité de mourir est accrue du fait des accidents survenant lors des déplacements (liées aux activités et installations anthropiques) ainsi qu’aux conflits déclenchés par les loups dispersants en traversant les territoires occupés par d’autres meutes. Cependant, bien que la majorité des facteurs de mortalité des loups dispersants soit anthropiques (90 % des mortalités sont dues aux activités humaines) il semble que les individus puissent s’accommoder de l’aménagement anthropique des territoires sur lesquels ils dispersent, utilisant même pour plus de facilité dans leur déplacement les axes routiers. (toujours d’après cette étude récente de S.B Merill et L.D Mech (2000) faite en suivant quatre loups équipés de colliers émetteurs GPS).

Article initialement écrit par Sophie Gonneau en 2004

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