Le lac Corvette

Pour vous, le Corvette est certainement un lac comme un autre. C’est le plus grand de la zone d’étude certes (10 km par 15 km environ), mais ce n’est qu’un lac.

Lac Corvette

 

Les grands lacs sont moins sympas sur les photos en général : on n’y voit qu’une étendue d’eau. Le trajet pour rejoindre le lac n’aura sans doute pas d’intérêt majeur à vos yeux. Que du brûlé et du thé du labrador. Moins de rencontres possibles donc, hormis quelques oiseaux et des ours, en période de bleuets.

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Pour moi, le Corvette est plus qu’un lac. Il m’a « appelé » dès que je l’ai vu sur la carte. Pourquoi ? il est loin, difficile d’accès et représente une limite au territoire que je dois observer. Sa taille aussi incite le respect, le besoin de lui signifier ma présence.

Pour moi, le Corvette est immuable, référent et maître des lieux. C’est sur, il est bien moins imposant que les réservoirs d’Hydro-Québec, mas sa mémoire est millénaire.

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Le trajet vers Corvette est fondamental également. C’est le prix à payer pour apprécier cette rencontre incroyable. Plein de gens vont sur ce lac, pour pêcher ou prospecter. Ils y vont soit en bateau, via la rivière du même nom, soit en hydravion.

Moi, j’y vais à pied et ce trajet implique au moins deux jours de marche, dans des conditions difficiles. 4 jours donc où je dois m’éloigner de ce qui est le centre de vie de la région : la route Trans-Taïga. Plus je m’éloigne et moins je peux compter sur du soutien ou du secours. Je suis seul face à mes choix et mes doutes.

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Et les doutes augmentent à chaque km parcouru, surtout en terrain accidenté et fatiguant. Durant les deux jours qui m’ont conduit à destination, j’ai eu l’envie de m’arrêter plusieurs fois. « C’est déjà pas si mal, tu es déjà loin, et puis ce que tu viens de marcher, il va falloir le refaire ». L’important est là. Ne pas céder à la facilité, repousser ses doutes (et surement quelques craintes) pour atteindre l’objectif fixé.

Lorsque je suis arrivé sur Corvette, épuisé, ce mercredi 12 août, j’étais soulagé mais un peu déçu. J’aurais aimé trouver un coin paisible, dans un environnement idéal : du lichen, un sol plat et des arbres vénérables. Trop fatigué pour comprendre. C’est le lendemain que j’ai ressenti ce qu’était le Corvette. Je devais aller à son contact, faire connaissance. Une baignade semble anodine et normale. Celle ci a eu l’effet d’une renaissance. A mesure que j’avançais dans cette crique, accompagné de ces oiseaux pêcheurs, j’ai laissé derrière moi fatigue et doute. Corvette n’est pas un lac. Corvette est le creuset de tout ce qui vit dans ce territoire, s’y rendre est un retour à la source. J’en avais un réel besoin.

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